Poissons d'eau douce de France : reconnaître les espèces les plus courantes
Poissons d'eau douce de France : chevesne, gardon, barbeau, perche, brochet. Les indices simples pour reconnaître les espèces courantes de nos rivières.
Texte : Hélène Vaurs

Un poisson file sous le pont. Gardon, chevesne, vandoise ? Au premier regard, beaucoup de nos espèces se ressemblent. Avec cinq indices simples, vous pouvez pourtant mettre un nom sur la plupart des poissons croisés en rivière ou en étang. Voici la méthode, espèce par espèce.
Combien d'espèces de poissons d'eau douce en France ?
La dernière liste rouge des poissons d'eau douce de métropole date de juillet 2019. Elle a été établie par le comité français de l'UICN, le Muséum national d'histoire naturelle, la Société française d'ichtyologie et l'Agence française pour la biodiversité. Elle évalue 80 espèces natives ou installées de longue date.
À côté, il y a les nouveaux venus. Sandre, silure, poisson-chat, perche soleil, truite arc-en-ciel : 28 espèces introduites après l'an 1500 figurent dans la liste, sans évaluation. Vous les croiserez souvent, surtout dans les grandes rivières et les étangs.
Comment identifier un poisson d'eau douce en cinq indices
Pas besoin de sortir le poisson de l'eau. Regardez-le dans cet ordre, et notez ce que vous voyez.
- La bouche. En dessous de la tête, elle fouille le fond. Au bout du museau, elle chasse en pleine eau.
- Les barbillons. Ces petits filaments autour de la bouche. Comptez-les : zéro, deux ou quatre, ça change tout.
- Les nageoires du dos. Une seule ou deux ? Épineuse ou souple ? Placée au milieu du dos ou près de la queue ?
- Les couleurs. L'œil, les nageoires du ventre, les bandes sur les flancs.
- Le milieu. Courant vif et galets, ou eau calme et vase ? Chaque espèce a ses préférences.
Gardon, chevesne, rotengle : les poissons blancs
Les poissons blancs, ce sont les cyprinidés argentés sans barbillons. Ils forment souvent l'essentiel des bancs que l'on voit depuis la berge. Ce sont aussi eux qu'on confond le plus.
Le chevesne a une grande bouche sans dents et de grosses écailles bordées de sombre. Sa nageoire anale, sous le ventre près de la queue, a un bord arrondi. Il mesure souvent 30 à 40 cm et peut dépasser 60 cm. Il aime le courant et les abris sous les berges, et il mange de tout, plantes comprises.
Le gardon et le rotengle, c'est le grand classique des confusions. Le gardon a l'œil globalement rouge. Le rotengle a l'œil doré taché de rouge, une mâchoire inférieure qui avance et une nageoire dorsale placée plus en arrière. L'ablette, elle, est fine et très argentée, et les jeunes ablettes ressemblent aux jeunes gardons.
Barbeau, goujon, carpe, tanche : les poissons à barbillons
Dès que vous voyez des barbillons, comptez-les. Ce simple geste vous oriente vers l'une de ces quatre espèces.
Barbeau fluviatile
Quatre barbillons, bouche sous la tête. Vit près du fond, dans le courant, sur les galets. Peut atteindre 1 m.
4 barbillons
Goujon
Petit poisson d'une quinzaine de centimètres. Fouille les fonds de sable dans les eaux claires.
2 barbillons
Carpe commune
Gros corps, quatre barbillons sur la mâchoire du haut. Eaux lentes et chaudes, étangs, canaux.
4 barbillons
Tanche
Peau verte couverte d'un épais mucus. Eaux calmes et vaseuses, riches en herbiers.
2 barbillons
Le piège, c'est le barbeau et la carpe : tous deux ont quatre barbillons. Regardez le milieu et la silhouette. Le barbeau est allongé et vit dans le courant. La carpe est trapue et préfère l'eau tranquille.
Brochet, perche, sandre : les carnassiers
Le brochet se reconnaît à son museau pointu et à son corps en forme de flèche. Le dos est verdâtre, les nageoires rouge orangé rayées de sombre. Les adultes font en général 30 cm à 1,50 m. Il fraie de février à avril dans les herbiers et les prairies inondées. Pour aller plus loin, lisez notre portrait du brochet, chasseur à l'affût des herbiers.
La perche a le dos bossu, des bandes noires en travers des flancs et deux nageoires dorsales, dont la première est hérissée d'épines. Ses nageoires du ventre tirent sur l'orange. Elle mesure souvent 25 cm. Le sandre, lui, a été introduit en France : il fait partie des espèces non évaluées par la liste rouge.
À retenir
Une nageoire dorsale épineuse et des bandes verticales : perche. Un long museau pointu : brochet. Quatre barbillons dans le courant : barbeau. Deux barbillons sur le sable : goujon.
Quels poissons d'eau douce sont menacés ?
La liste rouge range chaque espèce dans une catégorie, de « préoccupation mineure » à « en danger critique ». Les migrateurs vont mal : ils ont besoin de rivières ouvertes de la mer jusqu'aux frayères. Quelques exemples parmi les espèces que vous pouvez croiser.
| Espèce | Statut en France (2019) | Tendance |
|---|---|---|
| Anguille européenne | En danger critique | En baisse |
| Lamproie marine | En danger | En baisse |
| Brochet | Vulnérable | En baisse |
| Ombre commun | Vulnérable | En baisse |
| Saumon atlantique | Quasi menacé | En baisse |
| Truite commune | Préoccupation mineure | En baisse |
| Chevesne | Préoccupation mineure | Stable |
Le détail de toutes les espèces figure dans le tableau de la liste rouge publié par l'UICN France. Pour voir comment ces espèces se répartissent le long d'un même cours d'eau, suivez la Besbre, de ses truites de montagne à ses cyprinidés de plaine. Et pour les deux salmonidés des eaux froides, lisez notre fiche sur la truite fario et l'ombre, poissons des courants frais.
Questions fréquentes
Quel est le poisson d'eau douce le plus menacé en France ?
Parmi les espèces encore présentes, l'anguille européenne, l'esturgeon européen et la grande alose sont classés « en danger critique » dans la liste rouge de 2019.
Comment différencier un gardon d'un rotengle ?
Regardez l'œil et la nageoire du dos. Le gardon a l'œil rouge. Le rotengle a l'œil doré taché de rouge et sa nageoire dorsale est placée plus en arrière.
Le brochet est-il protégé ?
Ses œufs et ses lieux de reproduction sont protégés par l'arrêté du 8 décembre 1988. Sa pêche reste autorisée, avec une taille minimale et des périodes fixées par la réglementation.
Le sandre est-il un poisson français ?
Non. Le sandre a été introduit. La liste rouge le classe parmi les espèces arrivées après 1500, non soumises à évaluation.


